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Samedi 31 mai 2008, 21h30, par une paisible soirée parisienne, une longue procession de près de 700 pèlerins s’ébranle de la basilique Sainte-Clotilde pour rejoindre l’église Saint-Sulpice. Mgr Descourtieux, après avoir béni l’assemblée et quatre nouvelles bannières de saints, prononce la prière d’envoi en mission.
Le 115e « pèlerinage nocturne au cœur de la cité » peut commencer.
Une haute et lourde croix de procession ouvre le cortège, suivie de la Vierge de Fatima portée sur son brancard blanc par quatre hommes. Un petit reliquaire contenant les ossements de quatre martyrs de Corée et cent bannières représentants des saints de tous pays, de toute condition, de toute race suivent Notre-Dame. Don Anne Guillaume, chapelain du sanctuaire de Notre-Dame de Montligeon, médite le chapelet et conduit cette procession qui, lentement, arpente les rues et les boulevards de la capitale, aidée en cela par les policiers. Badauds, automobilistes, cyclistes et motocyclistes sont invités à ne pas couper ce cortège et à patienter quelques instants. Des pèlerins en profitent pour sortir des rangs et distribuer des petites phrases de saints ou pour discuter de Dieu.
Nous voici déjà à la moitié de notre parcours. Nous faisons une halte dans la cour de la communauté des Missions Étrangères pour fêter le 350e anniversaire de cette institution qui a pour mission d’annoncer l’Évangile en Asie. Le père Colomb nous accueille et évoque cette mémoire de tous ces missionnaires qui ont donné leur vie pour le Christ jusqu’au prix de leur sang. La procession repart après avoir allumé les flambeaux, symbolisant la lumière du Christ qui luit dans les ténèbres et qui attire à elle les hommes de bonne volonté. Une nouvelle halte devant la chapelle de la Médaille Miraculeuse permet à tous de réciter la prière du pèlerin dont voici un extrait : « Annonce alors la Bonne Nouvelle à tes frères : Dieu nous aime et nous attend. Marche vers la splendeur : ton Dieu marche avec toi. »
Les cantiques et le chapelet réussissent à susciter l’élan missionnaire de nos fidèles qui avaient encore quelque appréhension à témoigner publiquement dans les rues de leur foi au Christ. C’est donc à pleine voix qu’ils s’associent aux cantiques traditionnels : « Dieu nous te louons, Seigneur, nous t’acclamons, dans l’immense cortège de tous les saints », comme aux cantiques plus récents et aussi plus rythmés : « Ô Seigneur, à toi la gloire, la louange pour les siècles. Ô Seigneur, à toi la gloire, éternel est ton amour ! » Maracas et instruments rythmiques africains soutiennent les chants des pèlerins. La joie et la foi transparaissent bien simplement de ce pieux cortège hétéroclite et multicolore. Elles lui sont nécessaires pour traverser… non la Mer Rouge à pieds secs, mais les bars, restaurants et boîtes de nuit qui baliseront notre dernière étape avant d’arriver à l’église Saint-Sulpice.
Effectivement, notre passage dans ces rues fréquentées le week-end par les touristes était volontaire. Et pour mieux frapper les cœurs et les intelligences de ceux qui sortent le samedi soir, nous avons adapté les paroles du cantique des trois Enfants de la communauté de l’Emmanuel : « Vous parisiens…, vous parisiennes…, vous les touristes…, bénissez votre Seigneur ! ». « Vous qui fumez…, vous qui buvez…, vous qui sortez…, bénissez votre Seigneur ! » Ces parisiens et touristes sont interloqués, surpris, subjugués, étonnés, amusés. Ils voient défiler devant eux ce cortège sorti de nul part qui les abandonne ensuite à leurs pensées pour atteindre l’église Saint-Sulpice. Les pèlerins, eux, rayonnent de plus en plus de joie et n’en reviennent pas d’être passés dans ces ruelles en chantant à gorge déployée. Ce ne sont que sourires et fierté d’avoir ainsi témoigné.
Notre procession touche à sa fin car nous apercevons les hautes portes de l’église Saint-Sulpice grandes ouvertes. Le curé, le père Roumanet, attend le cortège pour l’inviter à pénétrer dans la maison de Dieu. Le cantique de l’Ave Maria de Lourdes conduit jusqu’au pied de l’autel, la croix, Marie, les reliques et les bannières. Pèlerins marcheurs et pèlerins priants qui avaient préféré attendre la procession dans l’église en récitant un chapelet, s’unissent par ce chant qui clôt ainsi cette procession de trois kilomètres pour s’ouvrir sur la source et le sommet de la vie chrétienne : la célébration de la sainte liturgie où nous fêterons « le Sacré-Cœur, source de notre mission de baptisés » et thème de notre pèlerinage nocturne au cœur de la cité.
Quel est maintenant l’enseignement que nous pouvons retenir de cette procession ? C’est que la piété populaire est un trésor pour l’Église qu’il faut que les évêques et les pasteurs encouragent tout en les purifiant de ce qui pourrait être contraire à notre foi où la détourner de sa vraie signification (folklore, spectacle, superstition...). Mais c’est un moyen d’expression de la foi au Christ qui a toute sa place dans la vie de l’Église depuis deux millénaires et encore aujourd’hui, pour la nouvelle évangélisation.
Voici ce qu’énonce le directoire sur la piété populaire et la liturgie (2001) :
- « Les relations entre la liturgie et la piété populaire sont particulièrement importantes dans les processions ; cette forme de culte, répandue dans le monde entier, a une valeur à la fois religieuse et sociale extrêmement riche et variée (…) » §1, n° 245.
- « Les processions, dans ses formes les plus authentiques, permettent au peuple d’exprimer sa foi ; de plus, leur enracinement dans la culture locale contribue à réveiller le sentiment religieux des fidèles. (…) » §2, n°246.
- « Sur le plan théologique, il faut mettre en évidence le fait que la procession est un signe de la nature profonde de l’Église : celle-ci est le peuple de Dieu qui chemine avec le Christ, et derrière lui, tout en étant conscient de ne pas avoir de demeure définitive dans ce monde (cf. He 13, 14), ou encore un peuple qui marche sur les routes de la cité terrestre vers la Jérusalem céleste. La procession est aussi le signe du témoignage de foi que la communauté chrétienne doit rendre à son Seigneur à l’intérieur des structures de la société civile. Elle est, enfin, le signe de l’engagement missionnaire de l’Église, qui, depuis ses débuts, et selon le commandement du Seigneur (cf. Mt 28, 19-20), s’est lancée sur toutes les routes et les chemins du monde entier pour annoncer l’Évangile du salut. (…) » §2, n°247.
- « Du point de vue liturgique, les processions, y compris celles qui ont un caractère plus populaire, doivent être orientées vers la célébration de la liturgie : ainsi il convient de présenter une procession organisée d’une église jusqu’à une autre église, comme le signe du chemin que doit accomplir la communauté vivant dans le monde pour rejoindre la communauté qui demeure dans les cieux. (…) » §3, n° 247.
- « Enfin, du point de vue anthropologique, il faut insister sur le sens de la procession en tant que chemin accompli ensemble ; en effet, unis par la prière et par les chants, et tendus vers le même but, les fidèles découvrent qu’ils sont solidaires les uns des autres ; cette expérience les incite à mettre en pratique, dans leur propre vie, les résolutions chrétiennes qu’ils ont formulées dans leur cœur au cours de la procession. » §4, n° 247.
Mission accomplie pour notre 115e pèlerinage nocturne au cœur de la cité.
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