| Pour l'unité du monde par l'Église catholique | www.pourlunite.com |
|
![]() |

Dimanche 28 février, après l’angélus, le pape Benoît XVI évoque la situation en Irak à la suite de l’assassinat de chrétiens et d’autres personnes de minorités religieuses : « Je suis profondément attristé par les assassinats de plusieurs chrétiens commis à Mossoul et j'ai suivi, avec une grande préoccupation, les autres violences perpétrées à travers un Irak martyrisé, contre des personnes sans défense appartenant à diverses confessions. » Il exhorte également les autorités civiles de ce pays et la communauté internationale à agir pour assurer la sécurité du pays et à pourvoir à la protection des minorités les plus vulnérables.
La situation que vivent les chrétiens en Irak ou dans d’autres parties du monde, si elle doit nous pousser à agir pour les aider et les soutenir spirituellement et matériellement selon nos moyens1, ne doit pourtant pas nous étonner outre mesure. Le Christ nous a prévenus. « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. » (Jean 15, 20). Si en Europe, nous avons la chance de ne pas connaître de persécutions « directes et sanglantes », ayons à coeur, spécialement en ce carême, de soutenir nos frères et soeurs chrétiens dans le reste du monde qui vivent le martyre et des discriminations violentes. Cette palme n’est pas réservée aux chrétiens des premiers siècles. Le XXe siècle, qui s’est achevé il y a seulement dix ans, nous a démontré l’ampleur de ces persécutions. Le XXIe siècle n’échappe pas à la règle.
Les persécutions n’ont d’autre but que d’éradiquer le christianisme des terres où il est implanté ou de le rendre tellement minoritaire qu’il doit finir par s’éteindre faute, si je puis dire, de combattants. En remontant dans le temps, pensons à l’Afrique du Nord, qui a ainsi vu le christianisme y devenir minoritaire après la conquête musulmane. Pourtant, cette région avait été une terre de saints, de missionnaires et de prospérité pour toute l’Église de l’époque : Victor 1er (berbère et pape), Perpétue, Félicité et leurs compagnons (martyrs), Cyprien, évêque de Carthage et docteur de l’Église (martyr), Vincent de Digne (berbère et évangélisateur en Europe), Monique (berbère), la mère d’Augustin, lui-même évêque d’Hippone (actuelle Annaba, en Algérie), père et docteur de l’Église, Gélase (berbère et pape dont nous chantons ses litanies durant nos nuits de prière), pour ne citer que les plus connus. La situation en Irak aujourd’hui est inquiétante au point de penser que le christianisme peut dans un avenir plus ou moins proche disparaître de cette région du globe. Si des pays, comme la France, ont proposé d’accueillir des réfugiés, il n’empêche que l’exode massif d’un pays de la communauté chrétienne est signe de disparition programmée dans un temps plus ou moins lointain. Une interview de Mgr Louis Sako, évêque de Kirkuk (Irak), dans le numéro 267 de Il est vivant, janvier 2010 (avec un dossier intéressant sur les chrétiens persécutés en notre temps), exprime parfaitement ce danger et rappelle que 60% des chrétiens irakiens ont fuit leur pays (350 à 450.000 personnes). Il pense que les chrétiens ont portant intérêt à rester, d’autant qu’ils vivent en bonne intelligence avec leurs compatriotes d’autres confessions. Et il rappelle non seulement que c’est l’une des terres évangélisée dès le premier siècle de notre ère, mais que c’est aussi le berceau de la foi judéo-chrétienne, avec Ninive (actuelle Mossoul). Il rappelle encore tout l’apport des chrétiens d’Irak pour leur pays car il ne faudrait pas croire que ceux-ci n’aiment pas leur patrie. Il évoque de façon forte que « le martyre est le charisme de l’Église chaldéenne. Dès sa fondation, elle a connu la persécution du temps des Perses, des Arabes, des Mongols, des Ottomans, etc. »
Par les persécutions, c’est le principe même de la liberté religieuse qui est remis en cause. L’Église catholique milite et réclame à corps et à cris que ce droit soit reconnu dans le monde entier. Elle qui se veut universelle n’hésite pourtant pas à affirmer que chacun est libre d’adhérer à la religion de son choix. De fait, ce droit est loin d’être reconnu dans le monde entier et cela provoque des persécutions et des discriminations. Voici notamment ce qu’on peut lire sur le site de l’AED en ce qui concerne l’Arabie Saoudite : « De tous les pays islamiques, l’Arabie saoudite est celui où la liberté religieuse est le plus vigoureusement proscrite, et dans son principe même. Le royaume se proclame “intégralement” islamique, considère le Coran comme la seule Constitution du pays et la charia comme sa loi fondamentale. Selon l’interprétation théologique du wahhabisme professée par l’État, la terre de la péninsule arabique est le pays natal du prophète Mahomet, la plus sainte de toutes les terres, où l’on ne peut même pas pratiquer les “religions du Livre” tolérées par l’islam, le judaïsme et le christianisme. Pour la même raison, tout ce qui pourrait sembler porter atteinte à cette sorte de virginité religieuse est sévèrement condamné et les autorités sont chargées d’empêcher la diffusion d’aucun autre message religieux que celui de la foi islamique. Toute manifestation d’une foi non musulmane (possession de bible, port de crucifix, de chapelet, prière publique) est donc interdite ». (Observatoire de l’Église en détresse,
Il faut prendre conscience que même lorsque les représentants de l’Église hiérarchique et officielle, celle qui comporte un évêque, des prêtres, etc. ne peut être envisagée sur un territoire donné à cause des persécutions ou parce que cela risquerait d’entraîner des persécutions, la présence d’un seul chrétien est la présence réelle de toute l’Église. Nous comprenons ainsi mieux l’importante de notre rôle de baptisé, quel que soit le lieu où nous vivons. Chacun d’entre nous est l’Église, chacun représente le Christ personnellement. Cela doit donc nous inciter à comprendre toute la responsabilité que nous portons par le baptême que nous avons revêtu. Nous sommes prêtres, prophètes et rois dans notre monde contemporain au même titre que le pape et les évêques, même si ce n’est pas de la même manière, bien évidemment. Mais notre grâce baptismale nous rend tous égaux à ce niveau. Ce n’est pas rien tout de même !
Mgr Sako dit encore qu’il attend des chrétiens d’Occident « une solidarité qui ne soit pas un sentiment ou une parole. Il faut passer aux actes ! Soutenir ces chrétiens sur le plan humain et spirituel. Défendre leur cause, les encourager par des gestes, faire une sorte de jumelage de paroisse et de familles. S’ils se sentent trop isolés, ils se décourageront et quitteront le pays. Alors le christianisme risque de prendre fin en Irak. Ce serait une perte immense pour tout le pays. […] » Prions déjà avec force en ce moment du carême pour nos frères et soeurs persécutés non seulement en Irak mais aussi partout dans le monde, et n’oublions pas aussi ceux qui, même en terre de liberté, subissent des vexations et des discriminations pour ne pas céder aux modes ambiantes qui sont ouvertement contraires à notre foi. Ils vivent parfois un martyre quotidien non sanglant.
Vous désirez réagir ? N'hésitez pas à nous envoyer vos mails en cliquant ici
| Haut de page | www.pourlunite.com |