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10 ans de sacerdoce pour le Père Jérôme

Article publié le 2 juillet 2018 par Pour l'Unité dans Billet spirituel

À l’occasion d’une messe d’action de grâces pour ses dix ans de sacerdoce, le Père Jérôme a adressé ces quelques mots aux fidèles du diocèse de Luçon. Mais ces quelques lignes sont également adressées pour tous les membres de notre mouvement !

 

Chers frères et sœurs, chers amis de Pour l’Unité,

C’est avec beaucoup de joie que je vous remercie d’être venus à mes côtés (physiquement ou spirituellement) célébrer cette action de grâces pour mes dix ans de sacerdoce. Dix ans peuvent paraître insignifiants au regard de tout une vie, particulièrement si nous considérons des prêtres plus âgés dans le ministère et pourtant, chaque jour que peut vivre un prêtre aux côtés de ceux que le Seigneur a placés sur sa route est riche d’enseignements.

Signe de la tendresse que Dieu porte à ses créatures et qu’il élève au rang de son propre Fils par la grâce du sacrement de baptême, le prêtre, par ses insuffisances, sait qu’il n’est pas pour autant parfait. Aussi ne cesse-t-il pas d’être reconnaissant pour l’aide et le soutien, sous toutes ses formes, que vous lui accordez. Que ces quelques mots soient alors pour moi l’heureuse occasion de vous dire : Merci et Pardon.

À l’origine du fait d’être chrétien, point de discours abstrait, point de rhétorique philosophique. À l’origine du fait d’être chrétien, il y a simplement une rencontre avec Dieu. Pour moi, cette rencontre a commencé en 1998, alors que j’étais cuisinier dans un centre de vacances sportives.

Toutefois, il me faut aussitôt préciser que cette rencontre n’a été possible qu’en vertu d’une médiation humaine totalement fortuite, en l’occurrence celle d’un prêtre, beaucoup plus âgé que moi, mais dont le cœur, dans la simplicité d’assumer son sacerdoce, regorgeait de tendresse. C’est auprès de lui que j’ai découvert ce qu’était la paternité, au sens plein du terme. Une tendresse que de dures épreuves, je l’appris par la suite, avaient sans aucun doute façonné comme on façonne l’or au creuset. Pour des raisons que j’ignore, la paternité-maternité, c’est très mystérieux ces choses-là, est également associée au mystère de la croix. Bref… À travers ce prêtre, les yeux du Seigneur s’étaient posés sur moi.

Pourquoi moi ? Pourquoi suis-je devenu croyant quand tant d’autres recherchent la foi sans la trouver ? Pourquoi ai-je entendu l’appel d’un Dieu vivant quand tant d’autres chrétiens ne prêtent qu’une oreille discrète aux vocations ? Qui plus est, je n’avais rien demandé ! « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » – aimait à dire Pascal. Il s’agit là d’un mystère, d’un mystère propre à l’amour divin dont nul ne peut mesurer la hauteur, la profondeur et la largeur, si ce n’est l’Esprit de Dieu lui-même. Dieu ne regarde pas nos mérites, fort heureusement.

Cette conversion à la foi, j’ai à cœur de le préciser, s’est également accompagnée d’une perception mystique de l’Église. Qu’est-ce que je veux dire par là ?

Bien souvent, les gens se demandent qu’est-ce que l’Église ? On répond, souvent, invariablement : « ben, l’Église, c’est le pape, les évêques, les prêtres, les diacres, les laïcs. Etc. » Toutes ces réponses sont évidemment très justes mais elles demeurent néanmoins dépendantes d’une vision sociologique de l’Église. C’est-à-dire qu’on perçoit généralement l’Église à travers les structures visibles dont elle se dote pour accomplir sa mission ici-bas. Pour moi, cependant, dès les commencements de ma foi, la véritable question était plutôt celle-ci : « Qui est l’Église ? » Non pas : « Qu’est-ce que l’Église ? » mais « Qui est l’Église ? »

L’Église, en effet, je le disais à l’instant, était venue à ma rencontre à travers la bonté d’une personne habitée par Dieu. L’Église s’était donc d’abord imposée à ma conscience non pas comme une institution (et je ne mets rien de péjoratif derrière ce terme) mais comme une personne : le Christ, mort et ressuscité pour moi. Il paraît que c’est là une expérience commune à tous les convertis, à la suite de Saul sur le chemin de Damas. Je peux dire, aujourd’hui, que cette vision de l’Église ne m’a jamais quitté. Elle a guidé mes pas tout au long de ma formation au séminaire et elle inspire toujours mes actes dans le ministère qui m’a été confié. Elle m’a toujours assisté pour vivre parfois des situations ecclésiales que je trouvais douloureuses ou injustes. Car au-delà de l’imperfection de ses membres, cette vision de l’Église m’assurait que, quels que soient les haillons dont la couvre ses enfants, l’Église demeure une Mère très aimante, Épouse d’un Dieu vivant dont elle prolonge mystérieusement la corporéité au cœur de nos sociétés. Bref, à travers ses pasteurs, je dis cela en fonction de mon histoire personnelle mais je devrais dire à travers la permanence de ses saints, l’Église était pour moi l’expression sacramentelle d’une insondable tendresse divine s’épanchant sur la misère du monde. Je suis en effet certain que cette perception de l’Église a profondément marqué le discernement de ma vocation.

Nous avons entendu, dans l’Évangile, comment Jésus accomplissait des guérisons. Que ce soit à distance, par l’effet de sa Parole (cf. le serviteur du centurion), ou bien au chevet du malade (cf. la belle-mère de Pierre), par l’effet d’un contact personnel. Ces guérisons, vous le savez, sont des signes du Royaume. C’est-à-dire que ces guérisons corporelles sont à accueillir dans la foi, comme des préfigurations du salut que le Christ et l’Esprit ont reçu du Père mission d’accomplir. Un salut qui concerne toute la personne, c’est-à-dire aussi bien le corps que l’âme. La vocation du prêtre, je pense, s’enracine avant tout dans le souci de prolonger, à travers le temps et l’espace, ces actes sauveurs du Seigneur : par les sacrements et la prière. Sans oublier sa présence dans la célébration de l’Eucharistie. Sans aucun doute, bien sûr, le prêtre n’est pas que cela. La richesse que représente des ministres ordonnés, et à ce titre n’oublions pas les diacres, ne se limite pas à la catégorie du sacerdotal. Appelé aussi à des fonctions administratives ou fédératives, c’est certain, le prêtre sera un élément important pour garantir ou préserver la communion des fidèles dans le Christ. Mais il n’en demeure pas moins, qu’étroitement associé au Christ-Sauveur, les spécialistes parlent de configuration sacramentelle, le prêtre est et restera essentiellement un signe de salut pour notre monde. Un signe qui ne place pas sa dignité au-dessus de celle des baptisés, bien sûr, mais un signe qui rappelle à tous que, par l’efficacité des gestes et des paroles des prêtres ses serviteurs, le Seigneur nous place au-dessus de tout mal, victorieux des forces destructrices du péché et de la mort. En cela, le prêtre est également un signe d’espérance et de miséricorde au cœur de nos sociétés.

Tout ceci pour dire, chers frères et sœurs, qu’en célébrant ces dix ans de sacerdoce, je tiens avant tout à remercier l’Église. Par elle, au Nom de Jésus-Christ, j’ai tout reçu. Grâce après grâce. Mais cette Église, c’est aussi tous et chacun de vous. Alors merci de tout cœur.