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Si la classe politique n’écoute pas Moïse et les prophètes…

Article publié le 16 septembre 2019 par Père Jérôme MONRIBOT dans Billet spirituel

Évangile du dimanche 29 septembre :

En ce temps-là,
Jésus disait aux pharisiens :
    « Il y avait un homme riche,
vêtu de pourpre et de lin fin,
qui faisait chaque jour des festins somptueux.
    Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare,
qui était couvert d’ulcères.
    Il aurait bien voulu se rassasier
de ce qui tombait de la table du riche ;
mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
    Or le pauvre mourut,
et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham.
Le riche mourut aussi,
et on l’enterra.
    Au séjour des morts, il était en proie à la torture ;
levant les yeux, il vit Abraham de loin
et Lazare tout près de lui.
    Alors il cria :
‘Père Abraham, prends pitié de moi
et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau
pour me rafraîchir la langue,
car je souffre terriblement dans cette fournaise.
    – Mon enfant, répondit Abraham,
rappelle-toi :
tu as reçu le bonheur pendant ta vie,
et Lazare, le malheur pendant la sienne.
Maintenant, lui, il trouve ici la consolation,
et toi, la souffrance.
    Et en plus de tout cela, un grand abîme
a été établi entre vous et nous,
pour que ceux qui voudraient passer vers vous
ne le puissent pas,
et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.’
    Le riche répliqua :
‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare
dans la maison de mon père.
    En effet, j’ai cinq frères :
qu’il leur porte son témoignage,
de peur qu’eux aussi ne viennent
dans ce lieu de torture !’
    Abraham lui dit :
‘Ils ont Moïse et les Prophètes :
qu’ils les écoutent !
    – Non, père Abraham, dit-il,
mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver,
ils se convertiront.’
    Abraham répondit :
‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes,
quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts :
ils ne seront pas convaincus.’ »

Commentaire :

Merveilleuse parabole du mauvais riche et de Lazare qui nous enseigne, de la bouche même de Jésus, que nos bonnes ou mauvaises actions, ici-bas, détermineront notre futur. Quel sera notre sort après la mort ? Nul besoin de recourir à des cartomanciens pour répondre à cette question ; il suffit simplement de relire sa propre vie à la lumière de l’Évangile. Au soir de notre vie, en effet, nous serons jugés sur notre compassion, cette forme expressive du véritable amour qui ouvre nos cœurs et nos mains à la détresse du frère.

Ah !… Si seulement des morts pouvaient revenir à la vie pour nous avertir solennellement de la réalité d’une rétribution divine dans l’autre vie, ne serions-nous pas, dès lors, davantage motivés à faire le bien et la vérité ? Telle est bien, en filigrane, la proposition que suggère le mauvais riche à Abraham. Ce dernier, toutefois, répond de manière sibylline : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, quelqu’un aura beau ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus ! » Comment interpréter cette parole pour le moins énigmatique ? Permettez-moi de risquer une réponse, en lien avec l’actualité politique de notre pays.

Dans la Bible, Moïse et les prophètes sont une figure symbolique de la loi naturelle, telle que la voix de notre conscience morale nous la révèle, au plus profond de notre cœur. Le préambule de cette loi, que les anciens nommaient syndérèse, est invariablement le suivant : faire le bien et éviter le mal. Jésus lui-même formalisera en un commandement unique ce premier principe de la loi naturelle : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faîtes-le aussi pour eux, tel est l’enseignement de Moïse et des prophètes. »

Toutefois, aux préceptes de la loi naturelle, viennent également s’ajouter ceux du Nouveau Testament. Ils ont pour pour fondement l’amour divin manifesté en Jésus-Christ. Ainsi, éclairée par l’Évangile du Ressuscité — et fidèle à la foi qu’il suscite en son cœur, — l’Église assume non seulement les commandements de Moïse et des prophètes mais nous demande aussi, dans la mesure de nos forces, de les accomplir dans l’amour de Dieu et du prochain. Autrement dit : non pas dans la crainte du Jugement dernier mais dans la joie de se savoir aimé de Dieu, hôte très doux de notre âme.

Tout ceci étant dit, nous pouvons maintenant beaucoup mieux comprendre la réponse d’Abraham : Si l’homme ne souhaite pas obéir à la voix de sa propre conscience morale, comme le mauvais riche qui ne pouvait pas ne pas voir la détresse de Lazare (enjambant chaque matin son corps couché devant le portail), si cet homme-là rejette ainsi de son cœur toute idée de loi naturelle, comment pourrait-il, dès lors, devenir réceptif à la parole d’un homme revenu d’entre les morts ? Si l’homme n’est plus capable de percevoir le bon ordre naturel de la Création (figuré à travers l’enseignement de Moïse et des prophètes), comment pourrait-il, c’est vrai, demeurer effectivement à l’écoute d’un enseignement supérieur proclamé d’outre-tombe (l’Évangile de la Vie) ?

Eh bien je dis qu’il en va de même au sujet de ce projet de loi relatif à l’extension de la PMA et de la GPA. Si la classe politique, dans les vapeurs frelatées de sa conscience morale enivrée par l’argent des lobbies, n’est plus capable de percevoir le droit légitime d’un enfant à recevoir de la nature et de la société un papa et une maman qui s’aiment, elle ne sera guère capable de se ranger aussi aux arguments de l’Évangile que proclame l’Église, à temps et à contretemps, au risque de faire grincer les dents de beaucoup. Mais bon… Si j’en crois Jésus, mieux vaut grincer des dents en cette vie plutôt que dans l’autre.

Comme de nombreux évêques l’ont affirmé, particulièrement aux Bernardins le 16 septembre, il est important que les chrétiens fassent entendre leurs voix, particulièrement sur des questions aussi importantes et fondamentales pour l’avenir de notre civilisation, la foi ne se limitant pas aux murs d’une sacristie ou au seuil d’une église. Si nous osons prendre la parole pour les dauphins et les baleines, comme il m’est arrivé de l’entendre au cours d’une prière universelle, combien plus devons-nous la prendre pour des enfants vulnérables aux chimères d’un moment. Néanmoins, selon moi, il est plus important encore, par la prière et le jeûne, de faire entendre notre voix au Seigneur. J’invite ainsi, durant ce mois d’octobre, à prier tout particulièrement le chapelet et la Mère de Dieu afin que ce projet désastreux ne puisse jamais voir le jour. Peut-être, alors, l’humanité entendra-t-elle enfin la voix de son Dieu, Créateur et Sauveur, qui nous appelle à nous aimer les uns les autres, en vérité… comme Jésus nous a aimés.