RECHERCHER

Le mystère qu’est l’Église. Entretien 2# (Supplément à La « P’tite revue ») « Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

Article publié le 21 janvier 2026 par Pour l'Unité dans P'tite revue

► Vincent : Au cours de notre précédent entretien d’octobre 2025, vous avez affirmé que l’Église catholique était un mystère de grâce et d’amour, profondément lié à la Rédemption de l’homme. Est-il possible, néanmoins, de définir ce qu’est l’Église ?

Père Jérôme : En réalité, Dieu seul parle bien de l’Église. C’est pourquoi la Parole de Dieu nous révèle elle-même « Qui » est l’Église et non pas : « Qu’est-ce » que l’Église… L’Église, en effet, n’est pas une chose mais un être collectif. Et c’est pourquoi, à travers différentes analogies empruntées aux réalités quotidiennes de notre monde, la Révélation divine nous permet de mieux appréhender le mystère de l’Église.

L’Église est tout d’abord comparable à un corps vivant dont le Christ est la Tête (le Chef) et dont les fidèles sont les membres (cf. 1 Cor., 12, 27 ; Éph., 1, 22-23). Cette analogie s’enracine évidemment dans l’expérience mystique de saint Paul lorsque, sur le chemin de Damas, l’Apôtre entend le Christ lui dire : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Act., 9, 4). Or, en toute rigueur de termes, Saul ne persécutait pas le Christ mais bien les chrétiens. Ainsi, au regard du Seigneur lui-même, il existe un lien vital et mystique entre ses disciples et sa propre personne.

Cette expérience conduira ensuite l’Apôtre Paul, dans sa Lettre aux     Colossiens, à affirmer que l’Église est comme le complément, l’achèvement, la plénitude du Verbe incarné (cf. Col., 1, 18-24). C’est pourquoi, en tant qu’elle est le Corps mystique du Christ, nous pouvons dire que l’Église est le prolongement, dans le temps et l’espace, du mystère de l’Incarnation. En somme, là où est l’Église, là est le Christ ! Et là où s’exerce l’influence prophétique et salvifique de l’Église, s’exerce en profondeur l’action prophétique et salvifique du Christ ! Soit à travers les pouvoirs hiérarchiques et sacramentels de l’Église, soit à travers les signes et les miracles liés à la vie des saints. Ainsi ne faut-il pas parler à la légère de l’Église : « Qui vous écoute m’écoute ! » – dit Jésus à ses disciples (cf. Luc, 10, 16). 

Mais parce que le Christ et l’Église sont aussi deux êtres réellement distincts, la Révélation divine nous enseigne encore que l’Église est comme l’Épouse mystique du Christ (cf. Éph., 5, 25-32). Par conséquent, si la notion de Corps mystique permet d’appréhender l’unité surnaturelle qui existe entre le Christ et l’Église, l’analogie nuptiale de l’Épouse met davantage l’accent sur la relation libre et indissoluble qui unit l’Église au Christ. Le Christ et l’Église, c’est aussi le mystère d’une histoire d’amour, d’un cheminement entre l’humanité et Dieu qui a pris du temps.

Enfin, l’Écriture nous parle du mystère de l’Église à travers d’autres analogies possibles : l’Église est comme une construction vivante bâtie sur Pierre (Mat., 16, 18) et sur les Apôtres (Éph., 2, 20). Elle est aussi comparable à une vigne dont le Christ est le cep et nous les sarments (Jn, 15, 5). Elle est le bercail dont Jésus est le berger (Jn, 10, 11.16).

Méditons ces comparaisons… Laquelle parle davantage à notre cœur ?

Père Jérôme Monribot

____________________

Pour compléter cet entretien, deux courts extraits dans :

Constitution dogmatique Lumen Gentium (Le Christ lumière des nations)
Concile Vatican II, 21 novembre 1964

L’Église, corps mystique du Christ

Le Fils de Dieu, dans la nature humaine qu’il s’est unie, a racheté l’homme en triomphant de la mort par sa mort et sa résurrection, et il l’a transformé en une créature nouvelle (cf. Ga 6, 15 ; 2 Co 5, 17). En effet, en communiquant son Esprit à ses frères, qu’il rassemblait de toutes les nations, il les a constitués, mystiquement, comme son corps. n.7

L’Église, à la fois visible et spirituelle

Le Christ, unique médiateur, crée et continuellement soutient sur la terre, comme un tout visible, son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, par laquelle il répand, à l’intention de tous, la vérité et la grâce. Cette société organisée hiérarchiquement d’une part et le corps mystique d’autre part, l’ensemble discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l’Église terrestre et l’Église enrichie des biens célestes ne doivent pas être considérées comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin.

C’est pourquoi, en vertu d’une analogie qui n’est pas sans valeur, on la compare au mystère du Verbe incarné. Tout comme en effet la nature prise par le Verbe divin est à son service comme un organe vivant de salut qui lui est indissolublement uni, de même le tout social que constitue l’Église est au service de l’Esprit du Christ qui lui donne la vie, en vue de la croissance du corps (cf. Ep 4, 16). n.8

 

 

Illustration : la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas, chapelle Cesari de l’église Santa Maria del Popolo (Rome), Le Caravage © Domaine public
Conversion on the Way to Damascus-Caravaggio (c.1600-1) – Le Caravage — Wikipédia