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Il n’est pas ici. Il est ressuscité !

Article publié le 2 avril 2018 par Père Jérôme MONRIBOT dans Billet spirituel

Nous avons été unis et réunis pour célébrer la mère de toutes les veillées : la vigile pascale. La liturgie de cette nuit nous invitait tout particulièrement à situer l’événement de la Résurrection de Jésus dans le déroulement d’une histoire dont la portée demeure universelle et toujours « interpellante ». Car au sein de cette histoire, en termes d’alliance, se révèlent à la fois le projet de Dieu et la vocation de l’homme, la grandeur du Créateur et la misère de ses créatures.

Cette histoire, commençons par le rappeler, est bien notre histoire. Car elle est l’histoire des hommes et des femmes qui, dans la foi qui aime, reconnaissent en Jésus le Fils de Dieu fait homme, pour nous et pour notre salut. Et si le sens salvifique de cette histoire nous a pleinement été révélé dans le mystère insondable de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de Jésus, nous avons également entendu qu’elle prenait corps à travers différents événements qui, successivement, ont précisément fait date et sens au regard de la compréhension qu’a l’homme de lui-même, du monde et de Dieu. Aussi, revenons brièvement sur les principales lectures qui ont été proclamées durant cette nuit.

La création du monde et de l’homme

En nous racontant les origines du monde, le Livre de la Genèse nous a rendu témoins, contemporains, pour ainsi dire, du commencement absolu de toutes choses. En effet, tout ce qui existe, comme nous le rappelait le psaume 103, trouve son ultime raison d’être dans la bonté et la sagesse de Dieu. Au sein de cet univers, l’homme et la femme, créés à l’image et à la ressemblance du Créateur, sont alors appelés à marquer le monde de leur empreinte, à le conserver dans un état paradisiaque d’harmonie et de justice. C’est là une grande responsabilité ! Une responsabilité qui exigera d’eux de se conserver dans un état permanent d’amitié avec le Seigneur. Mais, comme nous le savons, la catastrophe du péché originel viendra brutalement mettre un terme à cette histoire tout juste commencée. En se détournant de Dieu par orgueil de la vie, trompés par la ruse d’un ange rebelle (Lucifer), Adam et Ève entraînent l’humanité dans le drame d’une création déchue et désormais sous l’emprise de la corruption. Mais Dieu n’abandonnera pas pour autant les hommes à leur triste sort. C’est pourquoi, bien des siècles plus tard, alors qu’ils ont partout sombré dans l’idolâtrie et le péché, Dieu se choisit un peuple, le peuple d’Israël. Les relations privilégiées qu’il souhaite entretenir avec ce petit peuple ont alors pour vocation d’être exemplaires pour toutes les autres nations.

La délivrance des fils d’Israël

C’est ainsi que le Livre de l’Exode nous a raconté la délivrance des fils d’Israël. Cette extraordinaire sortie d’Égypte, expérience fondatrice et originelle du peuple de Dieu, doit enseigner à tous, de manière significative, quelle est la puissance du Dieu unique d’Israël. Comme Moïse le chantait dans son cantique : « Qui est comme toi Seigneur ? Qui est comme toi magnifique en sainteté, terrible en ses exploits, auteurs de prodiges ? » Avec l’événement de la sortie d’Égypte, Dieu se révèle comme déjà incarné dans l’histoire des hommes. Il n’est pas là-haut, idée platonicienne perdue dans le ciel, mais ici-bas, à nos côtés, prêt à nous soutenir dans les épreuves concrètes de la vie. Mais, par ailleurs, l’Église a très tôt relu cet événement à la lumière du Nouveau Testament. En ce sens, le passage de la Mer Rouge préfigurait déjà, en vérité et non en symbole, le baptême du Christ grâce auquel nous sommes délivrés de la servitude du péché et de la mort. Tel était le grand message de l’Apôtre Paul dans l’Épître aux Romains qui a été proclamée, juste avant de chanter « Alléluia » pour les bienfaits du Seigneur.

Le prophétisme en Israël

C’est que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est fidèle à sa parole ! C’est là le grand message des prophètes, à l’exemple de celui d’Isaïe (54) que nous avons entendu au cours de cette nuit. Quels que soient les péchés des hommes qui viennent contrecarrer la réalisation de son plan, Dieu demeure malgré tout fidèle aux promesses que son amour pour nous lui inspire. Les relations privilégiées que Dieu entretient avec son peuple nous sont alors décrites sur le modèle d’une relation conjugale où pardon et fidélité sont des valeurs essentielles pour l’harmonie et la durée du couple. Tout être humain peut ainsi faire l’expérience de la bienveillance de Dieu, pour peu qu’il tourne son repentir vers lui. Comme le psaume 29 nous le rappelait : « Quand j’ai crié vers toi, Seigneur mon Dieu, tu m’as guéri. »

La Résurrection de Jésus

L’histoire du Salut trouve enfin son accomplissement ultime dans la résurrection du Seigneur. Nous sommes aux alentours de l’an 30, dans la province romaine de Judée. Jésus de Nazareth est mort quelques heures auparavant, crucifié par la main des romains mais sur ordre des autorités religieuses du Temple. Son corps, rapidement enveloppé dans un linceul, a été déposé dans un tombeau dont une lourde pierre condamne à présent l’entrée. Ce n’est alors pas seulement Jésus que l’on enterre mais aussi tous les espoirs que ses paroles et ses actes avaient suscité durant trois ans. Le dimanche matin, de très bonne heure, quelques femmes veulent terminer la toilette mortuaire de Jésus qu’elles avaient entreprise à la hâte, en raison du sabbat qui interdisait toute activité manuelle. Mais le crucifié n’est plus ici… Le tombeau est vide. Comment interpréter cette absence du corps de Jésus ? C’est alors qu’un ange leur annonce l’incroyable nouvelle. Son statut de messager divin exclut toute possibilité de mensonge : « Jésus n’est pas ici, il est ressuscité ! »

En d’autres termes : la mort n’a pu retenir captif le Prince de la Vie. Jésus est Vivant ! Il vous précède même en Galilée ! La Galilée, route commerciale internationale, était, à l’époque de Jésus, couramment appelée le « carrefour des nations. » L’ange révèle ainsi aux femmes que la résurrection de Jésus n’est pas simplement un fait anodin, qui ne concernerait que Jésus seul, à un titre individuel. Mais au contraire, cet événement aura un impact universel. Elle nous concerne tous !

La résurrection du Christ, en effet, est en quelque sorte le « bing-bang » d’un nouvel ordre mondial (NOM) fondé sur le NOM de Jésus, seul médiateur entre Dieu et les hommes. Elle marque un commencement absolu dans l’œuvre d’une recréation plus belle encore que la première, où la civilisation de l’amour et du don doit prévaloir sur celle de l’argent et du profit. Chacun de nous, en vertu de son baptême et à la suite des anciens prophètes et des Apôtres, est appelé à proclamer, en paroles et en actes, l’avènement de ce salut inauguré par le Christ.

Ne soyons donc pas des chrétiens timorés, confortablement installés dans le transat d’une vie spirituelle dénuée d’efforts apostoliques ! Jésus est vivant ! Alléluia ! Nous ne pouvons pas nous taire ! Qu’éclate jusqu’au ciel notre joie et que Dieu renouvelle notre monde !