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« Négationnisme suicidaire » ? Billet d’humeur

Article publié le 5 février 2021 par Pour l'Unité dans Chronique @

Mes confrères médecins et chercheurs ne partagent pas forcément ma foi mais ils comprennent un peu mieux l’itinéraire d’un chrétien quand il s’agit de prendre des gifles de toutes parts. Que ce soit sur les migrations, la place de l’islam en Europe, le mariage gay, les chrétiens d’Orient, le discours du pape François ne m’a jamais vraiment laissé indifférent. Revenons sur ces propos tenus par le Souverain Pontife à l’occasion d’un entretien télévisé diffusé le 10 janvier dernier sur Canale 5, chaîne privée italienne.

Interrogé sur la crise sanitaire, il invoque une raison éthique pour la vaccination anti-COVID : « Je crois que, d’un point de vue éthique, tout le monde devrait se faire vacciner. Ce n’est pas juste une option, c’est une option éthique. Parce que tu joues avec ta santé, tu joues avec ta vie, mais tu joues aussi avec la vie des autres ». Puis il poursuit : « Je ne sais pas pourquoi certains disent que le vaccin est dangereuxSi les médecins le présentent comme quelque chose qui peut aller bien et qui ne présente pas de dangers particuliers, pourquoi ne pas le prendre ? Il y a sur ce sujet un négationnisme suicidaire que je ne saurais expliquer ».

L’invitation du pape à se faire vacciner est la conséquence logique de la décision de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui, dans sa note du 21 décembre 2020, souligne, sans prendre position sur l’efficacité ou l’innocuité du produit, « le devoir de rechercher le bien commun ». Ce bien commun, « en l’absence d’autres moyens pour arrêter ou même prévenir l’épidémie, peut recommander la vaccination, notamment pour la protection des plus faibles et des plus exposés ». (1)

La séquence sanitaire mondiale que l’on vient de vivre ne cesse de m’interroger. On a d’abord assuré la population de l’inefficacité des masques, puis qu’ils nécessitaient des « gestes techniques » (2) pour enfin nous obliger à les porter. Le gouvernement a donc déclaré la guerre (3) au virus en mars dernier avec une armée quelque peu dépenaillée : pas assez de masques, de surblouses, de visières et de charlottes pour les soignants, pas assez de tests de dépistage pour isoler les porteurs et tracer les cas contacts, et, pour couronner le tout, pas de traitement – c’est en effet le cas pour les épidémies virales, contrairement aux infections bactériennes pour lesquelles il existe les antibiotiques.

Parlons-en des traitements ! sujet hautement sensible tant il a cristallisé de tensions entre équipes médicales selon un axe nord/sud, Paris/province, et, disons-le franchement, « sachants » et « complotistes ».

Une molécule, connue depuis la fin des années 1940 et classée brutalement substance vénéneuse en janvier 2020, avait suscité des espoirs qui furent bien vite réduits à néant au vu des interminables querelles de mandarins, puis dans une étude du prestigieux journal The Lancet, largement médiatisée,  dont le survol par le monde médical allait révéler pourtant qu’elle n’était qu’un fake, au point que ce journal dut très vite exprimer son inquiétude (4) avant d’en retirer carrément la publication.

Je ne m’étendrai pas non plus sur les informations contradictoires concernant le portage sain ou non des enfants, le virus voyageant avec ou sans passeport, ou la pertinence de mettre l’économie mondiale à l’arrêt, mais plutôt sur l’information scientifique et son accès.

Certains médecins généralistes ont essayé, avec leurs propres moyens et beaucoup de bonne volonté dans une situation bien souvent dramatique, de prodiguer des soins aux moyens de traitements antibiotiques ou antiparasitaires dont certaines études montraient l’efficacité, d’autres pas.

Certaines équipes, dont celle du Professeur Deprez de l’Institut Pasteur de Lille, ont criblé plus de 2 000 molécules disponibles, et l’une d’entre elles a été qualifiée d’ « efficace ». Nous n’avons, à cette heure, aucune information quant à l’avancement des essais cliniques (5). Les résultats sont attendus pour le printemps (6). Par ailleurs, une molécule antiparasitaire ancienne et bien connue  (l’ivermectine), est déjà louée pour son efficacité  d’après de nombreux essais cliniques (7).

Le CNRS, dans un article d’avril dernier, faisait état du criblage à venir de 1,5 milliards de molécules pour trouver « LE » candidat ayant une activité contre le SARS-CoV-2 (8).

Depuis la fin de l’année 2020, ce sont les premiers « vaccins », issus de la recherche sur la technologie de l’ARN messager qui sont sur le marché mais dont l’information médicale repose exclusivement sur les données des essais cliniques des laboratoires. Il est compréhensible qu’une piste aussi prometteuse que celle de ces « vaccins » soit largement relayée dans les médias. Pour autant, le questionnement quant à leur efficacité et leur innocuité est parfaitement légitime.

Si j’ai eu du mal à comprendre qu’une molécule anti-malarique (contre le paludisme) utilisée sans problème depuis soixante-dix ans ait été subitement déclarée dangereuse et classée en « substance vénéneuse », je n’ai pas davantage compris l’attitude du pape, qui, outrepassant sa fonction, s’est empressé de qualifier de « négationnisme suicidaire » la position de ceux qui s’interrogeraient sur une « vaccination » de masse alors que le « vaccin » est encore dans sa phase expérimentale et que d’éminents chercheurs invoquent la prudence face à une technologie pour laquelle la science n’a encore aucun recul.

La flambée de nouveaux cas d’infection dans des pays qui ont déjà vacciné des millions d’individus ne laisse pas d’interroger (9) alors que le risque de contamination  dans cet état de réceptivité accrue – après une seule dose injectée – et le risque de l’émergence de mutants potentiellement résistants à l’immunité vaccinale ont bien été anticipés par l’Académie de Médecine en France dans ses recommandations du 11 janvier dernier (10).

Dès lors, la question de la pertinence d’une vaccination massive en pleine recrudescence épidémique se pose. La démarche et le raisonnement scientifiques impliquent des notions que l’on voit malheureusement disparaître dans un monde qui va vite et réagit sur un mode essentiellement émotionnel : prudence et patience.

Au début des années 1980, face à l’émergence de l’épidémie du VIH-SIDA, l’urgence était de trouver un traitement, et la pression exercée sur les laboratoires par les associations de malades, en ce sens n’a jamais faibli. Il n’y a qu’à voir le fameux long métrage 120 battements par minute de Robin Campillo (grand prix au 70e Festival de Cannes en 2017) pour s’en convaincre. Mais est-il encore possible de douter, chercher, tester et de s’interroger en esprit et en vérité sans se voir marquer du sceau de l’infamie : « complotiste » – et maintenant « négationniste » ?

♦ Dokétic

(1) https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-12/doctrine-foi-vaccin-anticovid-vatican-pandemie-pape-francois.html

(2) https://www.valeursactuelles.com/politique/video-sibeth-ndiaye-ne-sait-pas-utiliser-un-masque-117320

(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/17/nous-sommes-en-guerre-face-au-coronavirus-emmanuel-macron-sonne-la-mobilisation-generale_6033338_823448.html

(4) https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS0140-6736(20)31290-3/fulltext

(5) https://coronavirus.pasteur-lille.fr/recherche-covid-19/ 

(6) https://www.youtube.com/watch?v=RtaQ6yNUr2Y

(7) https://ivmmeta.com/

(8) https://lejournal.cnrs.fr/articles/covid-19-15-milliard-de-molecules-passees-au-criblage-virtuel

(9) https://www.lci.fr/international/covid-19-l-efficacite-du-vaccin-pfizer-est-elle-vraiment-remise-en-cause-par-les-chiffres-de-l-epidemie-en-israel-2175419.html

(10) https://www.academie-medecine.fr/communique-de-lacademie-elargir-le-delai-entre-les-deux-injections-de-vaccin-contre-la-covid-19-quels-risques-pour-quels-avantages/?fbclid=IwAR3RYeK-7fMgJpHgw2IjJOh3LORQyps6WRGctDJZc0d061ErvBq-ShKahV4